Les mots pour contrer la conception

Contraception

Au détour de mes recherches de contraception, ma sensibilité à la langue m’a fait remarquer que les mots utilisés pour désigner les types de contraception (à commencer par le mot « contraception » lui-même) étaient rébarbatifs, rabat-joie, voire barbares. Vois plutôt:

  • « pilule »: j’avoue, j’assimilais la pilule à un médicament; mais au fond, le mot « pilule » désigne au départ un médicament, non? Donc un truc chimique à prendre tous les jours (ô joie), sans faute (ô bonheur);
  • « préservatif »: me préserver de l’appendice de Monsieur, très peu pour moi;
  • « stérilet »: je me voyais déjà stérilisée comme mon lapin;
  • « retrait »: je n’envisageais pas que ce fût envisageable, ni même praticable;
  • « anneau »: allais-je me retrouver avec l’utérus contracté comme le pauvre estomac de certain×e×s?
  • « patch »: cela se passe de commentaires…
  • « diaphragme »: à part mon prof de flûte traversière qui insistait pour que j’utilise mon diaphragme (pour la musique, hein!), je ne voyais pas;
  • « spermicides », « insecticides », « pesticides »… Pour le suffixe -cide, mon ami le Trésor de la langue française (http://atilf.atilf.fr/tlf.htm) m’indique que cela vient du latin caedere, « frapper, abattre, tuer », quelle joyeuseté!

Tu l’auras compris, la contraception, c’est pour contrer la conception. Et pas de contraception, c’est pour avoir un bébé. ‘fin, tout ça, c’est de l’exagération: au final, tu n’es fertile que 6 jours sur ton cycle… Donc, si tu vises bien hors de ta fenêtre de fertilité, pas besoin de contrarieur de conception!

J’ai trouvé, petite Madame, le moyen de décider de concevoir ou non sans utiliser de mots barbares, et ce dans la joie et la douceur… Je t’en parle un peu ici.

 

La femme lunaire

LuneTu as sûrement déjà entendu que le fonctionnement biologique de la femme est cyclique, comme la lune… On en veut pour preuve, d’ailleurs, les cycles menstruels qui durent 28 jours.

C’est poétique, et c’est vrai, mais pas tout à fait. À l’école, quand j’ai entendu ça au cours de bio, j’en ai tiré comme conclusion que mes cycles n’étaient pas réguliers et que, pour changer, je n’étais pas faite comme les autres.

C’est faux, totalement faux: j’ai simplement un cycle de base de 32 jours (il en existe de 30, 35, 25…). Je l’ai appris par hasard, au détour de mes recherches de contraception; un jour, j’ai lu des mots qui ont éveillé mon attention: méthode du double contrôle, ou sympto-thermique (là, c’est tout de suite plus technique). J’ai pris rendez-vous avec une formatrice, et là, magie!

Je suis entrée sur la pointe des pieds dans un monde inconnu et mystérieux: le fonctionnement de mon propre corps. J’ai commencé à m’observer, c’est-à-dire à noter jour après jour ma température basale (au repos, le matin), à guetter les signes de fertilité et d’infertilité, à calculer la longueur de mes cycles, et à connaître le jour exact de mon ovulation.

Le corps féminin est surprenant de régularité, mais aussi de fragilité. J’ai appris, au fil du temps, à décoder en une seconde l’évolution de ma fertilité, à sentir mon désir sexuel grandir, grandir, et retomber après l’ovulation. J’ai aussi appris qu’un rien perturbe cet équilibre: un peu trop d’alcool et on observe une hausse de la température basale le lendemain matin; des émotions fortes, un stress intense, et la température se met à yoyoter. Rien de grave, toutefois, juste un écho physiologique de la vie qui passe avec ses heurts et ses heurs. Tu imagines, si le corps de la femme vibre au moindre changement, quel coup de fouet doit être la pilule qui oblige ton corps à adopter un autre rythme?

Voilà donc pour toi aussi, petite Madame, une solution alternative. Non seulement tu ne tomberas pas enceinte (ou si, si tu le désires), mais tu te connaîtras mieux. Tes sensations seront décuplées, et tu seras plus clémente (et ton Monsieur aussi) envers tes sautes d’humeur 😉

On dirait que je fais la vente d’un produit miracle! Rassure-toi, ça ne coûte rien (enfin, un thermomètre et une petite formation par quelqu’un de qualifié) et surtout, ça coûte encore moins d’essayer…

Je te souhaite de t’émerveiller autant que moi, quand tu découvriras ce corps qui est le tien.

 

Le jardin, métaphore du monde

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Eden, where delicious Paradise,
Now nearer, crowns with her enclosure green,
As with a rural mound, the champaign head
Of a steep wilderness, whose hairy sides
With thicket overgrown, grotesque and wild,
Access denied.

Milton IV, 132-137

À la fois mythe, lieu d’utopie et référence biblique, la fortune de la métaphore du jardin est immense. Dans leur Dictionnaire des symboles, Chevalier et Gheerbrant le désignent comme « l’image et le résumé du monde ». Le jardin s’identifie avec la mère terre et renvoie aux origines de l’humanité. Pour cette raison, il fonctionne comme un mythe archétypal à partir duquel se déclinent les mythes de la création, eux-mêmes modèles des autres mythes.

Le jardin est présent dans diverses civilisations et mythologies : le jardin de Dilmun (« pays des vivants ») dans la tradition sumérienne, le jardin d’Éden dans la tradition judéo-chrétienne, le jardin des Hespérides dans la tradition grecque, et même plusieurs jardins dans les civilisations amérindiennes.

Michel Graulich a d’ailleurs démontré dans divers travaux que les motifs de l’arbre interdit et la transgression des premiers êtres sont une constante dans plusieurs civilisations. Le chercheur observe que « [c]ertains [spécialistes] donnent même l’impression de croire que la Bible a le monopole de certains thèmes et que, chaque fois qu’on retrouve ceux-ci quelque part, ils doivent nécessairement avoir été influencés par elle. Pourtant, […] le paradis, l’arbre et la transgression sont bel et bien préhispaniques » (1990 : 32-33). Même la création par la parole n’est pas l’exclusivité du Dieu de l’Ancien Testament, puisque les aztèques le mentionnent également : « lorsqu’il tomba prosterné, Tonacatecuhtli saigna et divisa l’eau entre ciel et terre et, par sa parole, il créa les premiers hommes, Oxomoco et Cipactonal » (1983 : 576).

Le jardin est d’abord un espace-temps mythique, synonyme de paradis et lieu de délices. Il s’agit d’un lieu clos, auquel on accorde le sens de refuge : le perse « pairidaeza », origine du mot « paradis », signifie « enceinte fortifiée ». Il se compose d’arbres et d’animaux, c’est-à-dire la nature, mais une nature en harmonie, ordonnée, opposée à la nature sauvage. Carmen Gracia démontre l’identification du jardin d’Éden avec Gaia, la terre mère selon la mythologie grecque, une mère qui crée l’harmonie tout autant qu’elle élimine quelques éléments, s’imposant de cette manière comme la régulatrice de l’équilibre écologique.

[À suivre : le jardin dans différentes mythologies]

Sources
Chevalier, Jean et Gheerbrant, Alain. Dictionnaire des symboles. 1969. Paris : Laffont, 2012.
Gracia, Carmen. “Gaia, el jardín de Edén, y los fundamentos míticos y culturales del paraíso”. Ars Longa 21 (2012) : 253-266.
Graulich, Michel. “Myths of Paradise Lost in Pre-Hispanic Central Mexico”. Current Anthropology 24.5 (1983) : 575-588.
—. “L’arbre interdit du paradis aztèque”. Revue de l’histoire des religions 207 (1990) : 31-64.

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Les Hespérides dans le jardin. Londres, E 224, ca. 410-400 aC

La menthe: conservation

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Contrairement aux idées reçues, un thé à la menthe peut tout aussi bien s’accommoder de feuilles séchées. En voici le processus:

  • couper les feuilles ou les branches désirées
  • laver la menthe fraîche et essorer
  • placer la menthe sur du papier journal ; attention, les feuilles ne doivent pas se toucher
  • les laisser sécher ; cela prendra 2 à 3 jours
  • les conserver dans une boîte en bois

Pour consommer, il suffit de verser de l’eau bouillante sur environ 5 feuilles séchées 🙂

Une nouvelle éducation pour une société nouvelle

Notes sur « Utopedia », la réflexion du professeur Antonio Rodríguez de las Heras

Au 19e siècle, le monde occidental a subi un profond changement de paradigme : en entrant dans l’ère industrielle, il a modifié les manières de vivre, de penser, de travailler et de se mouvoir de la population occidentale.

Selon le professeur Antonio Rodríguez de las Heras, ce changement s’en est suivi d’un second au milieu du 20e siècle. La Seconde Guerre mondiale fut l’occasion pour les scientifiques de réaliser trois découvertes sans précédent : la possibilité de vaincre la gravité terrestre et de se lancer dans l’espace ; l’invention de l’ordinateur ; et la puissance du nucléaire. Ces trois innovations sont les fondements de la société actuelle, la société de la connaissance.

Or, l’éducation se trouve dans une phase antérieure à celle de la société. Elle continue à vouloir transmettre de l’information, comme si celle-ci était difficile d’accès. À présent, dans une société qui baigne dans un trop-plein d’informations, il est nécessaire d’apprendre à voir, c’est-à-dire couper les arbres (les informations) qui empêchent de distinguer la forêt. Il est également nécessaire d’intégrer la culture, qui offre de multiples regards sur le monde.

L’éducation n’est pas non plus adaptée aux êtres humains que nous sommes devenus, à savoir des êtres dont le corps a adopté la technologie comme prothèse : de la même manière que la pierre a servi dès la préhistoire d’amplificateur d’une fonction naturelle (le poing), le téléphone intelligent se conçoit comme la prolongation de notre main ou de notre bras. Dans ces conditions, il est évident que la notion de salle de cours, surtout avec tout le lourd attirail qui lui a été peu à peu imposé (projecteurs, tableaux interactifs…), est complètement obsolète.

L’éducation d’aujourd’hui doit donc apprendre à voir et regarder le monde et s’adapter à êtres dont la technologie a intégré les corps.

Le cours du professeur est en ligne sur la plateforme de cours universitaires en ligne edX : https://www.edx.org/course/utopedia-educacion-para-una-sociedad-del-uc3mx-hga-1x

Dub Love, de François Chaignaud et Cecilia Bengolea: figures de l’inconfort(misme)

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Il y a d’abord la scène, son spot de lumière dans un coin côté jardin, sa pyramide imposante d’enceintes au centre, son mur de miroirs côté cour. Et sa musique. Ou plutôt son bruit, assourdissant, un crescendo jusqu’à une sirène d’alarme très aigüe : les boules Quiès distribuées à l’entrée trouvent rapidement leur usage. L’inconfort dans lequel est placé le spectateur n’ira pas en s’améliorant : les basses prendront bientôt le relais, et la salle, la scène, les sièges vibreront tous comme un seul homme.

Accroupi sur ses pointes, les bras tendus à la manière d’un équilibriste, le premier danseur (François Chaignaud) offre un contrepoint à la musique assourdissante ; son immobilisme fascine et déconcerte. Presque de derrière la pyramide surgit une danseuse (Ana Pi) dans une posture monstrueuse, bossue, les bras formant sur ses cuisses un arc rentré. Elle chemine sur ses pointes, elle paraît gigantesque, elle n’est que douleur. Enfin arrive la troisième figure, la toupie (Cecilia Bengolea). Elle trace des spirales vertigineuses.

Le dénuement du costume des danseurs, un justaucorps sans fioritures, à peine quelques éclats d’or, et les pointes, nous ramènent aux essentiels du ballet. Les corps prennent place dans un espace presque totalement nu, opposant aux vibrations sonores des performances physiques extrêmes.

Les corps se tordent sous la douleur d’un monde sécuritaire soumis à un contrôle extrême, symbolisé par les pointes. Au prix d’un immense effort, cependant, ils finissent par s’élever et impriment sur la scène de nouvelles figures dont la beauté et la douceur suscitent chez le spectateur un soulagement mêlé d’espoir : aucun carcan ne peut contenir un corps libre… pour autant que celui-ci ait la force d’en émerger.

Les artistes s’expliquent sur leur projet: http://vlovajobpru.com/dub-love/

Avatar, de James Cameron: l’apocalypse version « écolo »

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Le film Avatar de James Cameron a signé l’avènement de la 3D et a souvent été labellisé « écolo ». Mais la dimension écologique du film ne se résume pas à la création d’une flore et d’une faune nouvelles sur une planète extraterrestre, et la 3D n’est pas juste une innovation technologique : le film intègre ces éléments pour signifier la présence très forte de l’utopie dans un monde qu’on dit désespéré et en manque d’idéaux. Retour sur un film marquant.

Avatar, c’est la forêt psychédélique, les rochers au milieu du ciel et le rêve nostalgique d’une fusion complète avec la nature. Depuis toujours, la forêt s’oppose au monde civilisé et provoque un sentiment ambigu de méfiance mêlée de fascination. Si le colonel Quaritch incarne la méfiance et le Dr. Augustine la fascination, Jake, le héros, est chacun d’entre nous ; incapables de survivre seuls dans la nature, nous avons besoin que quelqu’un nous apprenne à y habiter. Le film confie au peuple Na’vi cette mission : l’harmonie totale des indigènes avec leur environnement est symbolisée par la tresse qui leur permet d’être en communion avec les êtres vivants, arbres et humus inclus.

Mais quelle est la recette de cette relation parfaite à la nature ? La clé semble être dans la relation au corps. Au bout d’un long processus de domestication de l’environnement, notre société post-industrielle et technologique nous a littéralement coupés de notre corps. Or, le corps est ce qui nous relie à la nature ; celle-ci ne peut que devenir étrangère au corps déraciné.

Dans Avatar, l’utilisation d’armures perfectionnées décuplant la taille et la force des soldats annule toute sensation physique et représente la rupture totale entre la nature et l’être humain. L’amputation des jambes de Jake à cause de la guerre renvoie donc à l’amputation symbolique opérée par la technologie dans notre société (dans Wall-E, c’est la même chose : les humains-boulettes ne peuvent plus se servir de leurs jambes). L’avatar de Jake constitue à cet égard une nouvelle naissance : Jake récupère ses jambes, et il apprend à prendre conscience de chaque partie de son être physique et à découvrir de nouvelles sensations.

Cependant, le film n’est pas (qu’)une descente en flammes de la technologie. Paradoxalement, c’est une science futuriste qui transfère l’être humain dans un autre corps et permet le nouveau départ de l’humanité dans une nature vierge. Nous pouvons y voir l’espoir que la technologie serve des objectifs humanistes et écologiques.

La force du film Avatar est d’avoir révolutionné l’usage de la 3D pour intégrer physiquement le spectateur à l’hyperréalité créée pour le film et, surtout, de réveiller sa sensibilité, au point que, pour beaucoup, l’expérience a été quasi physique. D’ailleurs, le retour à la réalité après le visionnement d’Avatar a provoqué une vague de dépressions allant parfois jusqu’au suicide chez certains spectateurs. Le regret de vivre dans un monde complètement différent, pas aussi beau ni aussi étroite­ment lié à la nature que celui de Pandora, a cédé parfois la place à un dégoût de la race humaine et à un désengagement vis-à-vis d’une réalité qui manque de sens. Les images apocalyptiques s’utilisent depuis des millénaires pour dépeindre des crises sociales : aujourd’hui, la crise est environnementale. Si l’homme est tellement préoccupé par la destruction de la forêt, c’est parce que celle-ci est son premier habitat, son premier lieu de culture. Plus l’homme est une menace pour la nature, plus sa relation à elle est utopique.

The New World, par Yang Yongliang

2014 From the New World - Yang Yongliang - 400x800cm

From the New World (2014) est une création de dimensions immenses (400 x 800 cm) de l’artiste chinois Yang Yongliang. Ce fruit d’une extrême minutie a été réalisé par ordinateur, par superposition et collage de milliers de photographies.

Cette œuvre est pour moi un Éden subverti, ou inversé. De loin, on distingue un paysage traditionnel chinois: les montagnes et l’eau dialoguent, comme dans la calligraphie traditionnelle chinoise, dont l’effet est reproduit par le choix du noir et blanc. De plus près, l’œil discerne la composition des montagnes: il s’agit en réalité d’artefacts modernes (grues, gratte-ciels, camions, avions…). Cette double présence de l’ancien et du moderne reprend les questionnements actuels sur l’état de notre monde, vécu parfois comme un cauchemar, une utopie fracassée.

2014 From the New World, detail - Yang Yongliang

Les liens entre le passé, le présent et le futur sont très étroits. L’image traditionnelle est la cible d’une déformation grotesque, à cause de l’atmosphère sinistre qui se dégage de l’ensemble. La brume rend la forêt fantasmagorique; les quatre minuscules êtres humains que l’on peut apercevoir sont perdus dans l’immensité, insignifiants dans un monde qu’ils ont pourtant contribué à construire.

2014 From the New World, detail 2 - Yang Yongliang

L’œuvre de Yongliang semble répondre à une volonté de totalisation, de condensation des rêves et des cauchemars de la modernité en une seule image faite de milliers d’images.

Retrouvez les créations de l’artiste sur son site: http://www.yangyongliang.com/index.htm